Autoédition sur Amazon : attention au piège

Temps de lecture : 6 minutes
Tu t’apprêtes à autoéditer ton premier livre ? Félicitations !
Je parie que tu as prévu de le publier sur Amazon. Et pourquoi pas ? C’est simple, rapide, et c’est la plus grande vitrine du monde pour les auteurs indépendants.
Mais attention : ce choix a un prix. Et il pourrait freiner ta carrière avant même qu’elle ait commencé.
Dans cet article, je t’explique pourquoi l’autoédition sur Amazon, si tentante soit-elle, ne doit jamais être un choix par défaut et comment construire une stratégie qui respecte tes intérêts d’auteur ou autrice.
Autoédition sur Amazon : une tentation… et une illusion de facilité
Quand on parle d’autoédition, deux chemins principaux s’offrent à toi :
- Publier uniquement sur Amazon
- Ou publier aussi sur d’autres plateformes (Kobo, Apple Books, Google Play Livres…)
Choisir Amazon, c’est avoir accès à l’abonnement Kindle, à des milliers de lecteurs, à une plateforme bien huilée.
Mais ce que beaucoup ignorent ou ne prennent pas en considération, c’est que cette facilité peut se payer cher.
Le piège de l’exclusivité Kindle
Si tu l’ignorais, l’abonnement Kindle (KDP Select) te permet de toucher des lecteurs qui peuvent lire ton livre gratuitement en l’empruntant. En échange, toi, tu touches une rémunération à la page lue.
C’est pratique si tu écris des gros pavés ou dans un genre particulièrement populaire comme la romance ou le thriller.
Mais attention :
- La rémunération est plus basse qu’avec une vente directe
- Tu dois accepter d’être exclusif à Amazon pendant trois mois renouvelables, tu ne peux donc pas vendre ton livre ailleurs au format numérique, pas même sur la propre boutique de ton site
- Ton livre devient invisible pour les gens de ton lectorat qui ne possèdent pas de liseuse Kindle
Tu fermes la porte à d’autres lecteurs et fans potentiels, à d’autres marchés… sans même t’en rendre compte.
Dépendre d’Amazon, c’est jouer sans filet
Imagine.
Si demain Amazon décide de changer ses conditions ?
- De réduire les royalties ?
- D’exclure ton livre parce qu’un algorithme détecte « trop de violence » ?
- D’augmenter le montant minimum à atteindre pour pouvoir recevoir tes payements ?
Tu ne pourras rien y faire parce que tu n’as aucun pouvoir de négociation, c’est Amazon qui décide.
Ce que les autres plateformes peuvent t’offrir
Si tu cherches à ne pas dépendre d’un seul acteur et que tu veux en plus permettre à davantage de gens de découvrir ta plume, alors tu as le choix de publier aussi sur :
- Kobo (super implanté en francophonie)
- Apple Books (pour le lectorat iOS)
- Google Play Livres (pour Android)
- Librairies indépendantes via Librinova, Publishroom, Immatériel etc.
Cette possibilité, en plus de t’offrir diversification, visibilité et sécurité, s’accompagne des particularités liées à chaque plateforme qui sont souvent à ton avantage.
Sur Google Play, par exemple, tu as la possibilité de définir le prix de ton livre en fonction d’une liste étendue de pays alors que, sur Kobo, tu obtiens une meilleure rémunération par vente directe.
Histoire vraie : Thomas (ton serviteur), auteur hybride
Thomas a commencé son aventure d’autoédition sur Amazon en mettant deux tomes de sa première trilogie dans KDP Select.
Et au début, tout allait bien. Il avait des pages lues, quelques cents qui tombaient par-ci, par-là, se transformant en euros, à force.
Sauf qu’après trois ans, Thomas a non seulement reçu des messages de lecteurs qui regrettaient de ne pas pouvoir lire ses livres car ne possédant pas une de liseuse Kindle, mais il a en plus constaté que la rémunération proposée par Amazon via KDP Select variait de manière régulière.
Et le plus souvent, pas à son avantage, puisqu’il constate qu’un livre de 400 pages lu en entier via l’abonnement lui rapporte à peine plus d’un euro contre cinq euros en cas de vente directe.
Après avoir pesé le pour et le contre, Thomas décide finalement de retirer ses livres du programme et de les publier de manière étendue.
Résultat ?
Des lecteurs satisfaits, une plus grande indépendance et une diversification de ses sources de revenus qui n’est pas soumise à la volonté d’un seul partenaire commercial.
Être pro, c’est agir de manière stratégique
Il est tout à fait légitime de vouloir écrire juste pour le plaisir.
Mais quand tu souhaites développer ton lectorat et considères avec sérieux l’idée de tirer un revenu de tes romans, voire carrément d’en vivre, alors tu ne peux plus te permettre de laisser les choses au hasard.
Tu dois penser en pro, car tu es à la tête de ton entreprise.
J’ai un peu tapé sur le modèle d’autoédition Amazon dans cet article, mais ne te méprend pas : c’est une entreprise que j’apprécie et mes livres sont toujours en vente chez eux.
Ainsi, je ne te déconseille pas officiellement de publier uniquement sur cette plateforme. Ça peut être un bon geste stratégique, tout dépend de ta propre situation et de tes ambitions dans le domaine.
Dans tous les cas, l’autoédition sur Amazon uniquement devrait être un choix réfléchi et non un choix par défaut.
Récapitulatif : les questions à te poser
Avant de publier, demande-toi ceci :
- Est-ce que je suis à l’aise à l’idée de dépendre entièrement d’Amazon pour publier mes romans ?
- Sur quelle(s) plateforme(s) mon public cible a-t-il l’habitude d’acheter ses livres ? Si tu l’ignores, n’hésite pas à leur poser la question !
- Est-ce que mon lectorat actuel/potentiel est suffisamment étendu sur d’autres plateformes pour que le temps et les efforts investis pour leur donner accès à mes livres en vaillent la peine ?
- Est-ce que mon lectorat actuel/potentiel est suffisamment étendu sur d’autres plateformes pour que la perte des avantages proposés par le fait d’être exclusif à Amazon en vaille la peine ?
Maintenant, il t’est toujours bien sûr possible de commencer par publier sur Amazon pour lancer ta carrière et élargir tes horizons par la suite : le nombre de paramètres à gérer quand on débute est déjà énorme, personne ne t’en voudra de commencer en douceur.
Comme toujours, le choix t’appartient
Je te recommande toutefois de ne pas laisser cette question « Amazon uniquement ou pas » en suspens trop longtemps, car si une certaine partie de ton lectorat prend l’habitude de te lire uniquement via l’abonnement KDP Select, il pourrait ne pas vouloir ou ne pas être en mesure de te suivre dans ta démarche d' »élargissement » si tu retires tes livres de l’abonnement pour les rendre disponibles au plus grand nombre.
C’est à toi « d’éduquer » tes lecteurs en les habituant à ta manière de fonctionner dès que possible et en évitant de changer d’avis tous les quatre matins.
Dans tous les cas, ne t’en fais pas trop, quel que soit le choix pour lequel tu optes, il y aura toujours des gens que tu ne pourras pas atteindre.
Et ce n’est pas grave !
Tu dois opter pour l’option qui est la plus en accord avec la manière dont tu vois ton activité de pro de la plume.
Du reste, ce n’est pas parce que tu publies un livre sur plusieurs plateformes que tu ne peux pas en laisser certains dans l’abonnement KDP Select, eh oui.
C’est ton business, tu es libre, alors n’hésite pas à expérimenter !
Sinon, ça y est, tu viens de publier ton premier roman, super ! Mais des critiques négatives débarquent et tu ignores comment les gérer ? Tu peux découvrir quelques pistes dans cet article.